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Séverin Krön est-il un artiste permutable ?
Lorsque j’ai aperçu pour la première fois les tableaux et les dessins de Séverin Krön ma réaction a immédiatement été double. D’abord j’ai tout de suite ressenti l’énergie, la force et la sincérité de son univers coloré et sans concession pour l’esthétique actuelle ; et pourtant, à force de baigner dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’art contemporain », j’ai eu presque simultanément une réaction de doute quant à la validité et la réception d’un travail aussi immédiat, personnel et sans apprêt. Alors oui, Séverin Krön est un artiste permutable puisqu’il a fait permuter mon regard, m’aidant à oublier mes représentations savantes pétries de scepticisme, m’autorisant à rejeter mes préventions esthétiques pour pénétrer dans la complexité, la profondeur et la jubilation de son art.
Permutable, oui, mais systématique, cantonné à une trouvaille, à un « truc », non. Car s’il utilise ces glissements de sens et de matières qui rendent son art si sensuel, ludique et profond à la fois, s’il revient sans cesse à cette pratique des images transfigurées, échangées, interconnectées, il ne s’agit en rien, ni d’une pose d’artiste, ni d’une figure imposée quel que soit le propos. Au contraire ! L’art permutable c’est avant tout pouvoir permuter les idées entre elles et c’est donc, comme on le voit à travers ses œuvres comme en parcourant son exposition virtuelle, une manière de toujours bouleverser la donne, de n’accepter aucune posture figée. Ni BMPT, ni conceptuel, ni décoratif, ni lyrique, ni naïf, ni peinture, ni sculpture, ni numérique le travail de Séverin est pourtant tout cela à la fois… et plus encore.
Car Séverin Krön est un artiste singulier plutôt que permutable c'est-à-dire un créateur inclassable, libre, en vie, et aussi un humaniste qui cherche très profondément, au-delà des apparences. La source des êtres et le secret des liens entre eux, mais aussi vis-à-vis de l’univers spirituel, voici le territoire en constante évolution dans lequel Séverin invite l’auteur de sa propre vie, je, vous, moi, lui, toi, à recomposer son existence à travers les métamorphoses de ses œuvres.
Du texte majeur qu’il nous donne à lire ici, il faut retenir tout d’abord que cette écriture fait chair dans son œuvre comme pour ses autres productions, du dessin à la sculpture, de la mode à l’art numérique, du motif au concept, de l’esquisse au jeu vidéo. Il nous livre ici une nouvelle permutation, une métamorphose littéraire qui nous invite à nous interroger avec art : quittons donc les apparences et les faux-semblants ; constatons, avec l’artiste combien notre corps, notre âme sont en perpétuelles transformations, malgré notre peur d’accepter le changement, malgré l’image inamovible que le réel voudrait nous imposer au nom d’une esthétique sociale.
L’œuvre magique et protéiforme de Séverin, serait alors cette tentative du haut et du bas d’englober tous les membres de la galaxie humaine, dans une forme de joie qui, loin d’être naïve, nous révèle à nous-même. D’une arabesque à un jeu de dames, d’un échec à un domino les clivages et les frontières s’effacent pour nous ouvrir à la cosmogonie de l’instant présent, permutable et par essence, transformable, parce que vivant. Ce que Séverin nous propose à travers le jeu du « je » c’est en dernier recours la possibilité de la métamorphose et du changement : permuter parce qu’exister ; permuter pour (se) comprendre ; permuter pour (é)changer de regard…
Frédéric Elkaïm – Conseiller en art, spécialiste du marché de l’art
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